Face à la montée en puissance des cadres réglementaires et des attentes sociétales, la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) s’impose progressivement comme norme de gestion et de gouvernance. Si l’on associe naturellement les entreprises dites « classiques » à ces démarches, la question du positionnement des structures de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) – associations, coopératives, mutuelles, fondations, sociétés commerciales labellisées ESS – mérite une analyse différenciée et méthodique. Cette spécificité tient d’abord à leur raison d’être, souvent fondée sur la recherche d’impact social ou environnemental, et non sur la maximisation du profit. Il demeure toutefois un paradoxe : nombre d’acteurs ESS considèrent, parfois à tort, que leur démarche est « par nature » responsable. Nous observons que cette autopersuasion peut engendrer des angles morts méthodologiques, des insuffisances dans la structuration, ou un défaut de démonstration crédible de la performance globale (Source : CRESS, ESS France, Rapport INSEE « Panorama de l’ESS » 2023).
L’ESS recouvre un ensemble de statuts régis par la loi du 31 juillet 2014 (France), mais les caractéristiques essentielles reposent sur la primauté de la personne sur le capital, la gouvernance démocratique et la lucrativité limitée. Afin de structurer leur démarche RSE, les structures ESS doivent répondre à plusieurs questions-clefs :
| Type de structure ESS | Obligations RSE réglementaires | Référentiels courants | Spécificités du pilotage |
|---|---|---|---|
| Association loi 1901 | Bilan d’impact social (volontaire ou exigé selon financements)Rapport moral et financier annuel | ISO 26000, SD 21000, Impact Score, ODD ONU | Gouvernance bénévole, ressources contraintes, forte hétérogénéité |
| Société coopérative (SCOP, SCIC) | DPEF si > 500 salariés (rare)Rapport d’activitéLabels: ESUS, Coop FR | ISO 26000, référentiel Coop FR | Gouvernance démocratique, partage des profits, pyramide inversée |
| Mutuelle, Fondation | Rapport d’activité, obligations sectorielles (Code mutualité, Code assurances) | ISO 26000, ODD, référentiels sectoriels | Encadrement réglementaire fort, missions d’intérêt général |
| Entreprise commerciale ESS (agrément ESUS…) | DPEF si > 500 salariésRapport d’activité ou impact social-ESUS | SASB, ISO 26000, Global Compact, SD 21000 | Double impératif : rentabilité économique et impact |
La question de la gouvernance occupe une place centrale dans la maturité des démarches RSE des acteurs ESS. Nous relevons cinq spécificités principales :
L’application de la RSE dans le champ ESS repose le plus souvent sur une combinaison de référentiels volontaires, d’indicateurs personnalisés et de processus d’évaluation adaptés au contexte de chacun.
| Enjeu RSE | Indicateur | Source/Usage |
|---|---|---|
| Inclusion sociale | % bénéficiaires sous critères d’inclusion (revenu, handicap…)Nombre de publics accompagnés/an | Reporting interne, financeurs publics |
| Empreinte environnementale | Consommation énergétique, volume de déchets triés ou recyclés | Bilan carbone, chartes fournisseurs responsables |
| Bénévolat et engagement | % renouvellement bénévolesNb d’heures effectuéesTaux de satisfaction | Rapport moral, dialogue parties prenantes |
| Gouvernance démocratique | Taux de participation AGNb de processus de consultation parties prenantesDiversité du Conseil | Compte-rendus, audits internes |
Le choix et la définition de ces indicateurs doivent s’accompagner d’une méthodologie claire et documentée. Il est recommandé de privilégier des données vérifiables, d’assurer leur traçabilité et d’en faciliter l’appropriation par les instances de gouvernance.
Nous constatons, dans nos analyses de terrain, que de nombreuses structures ESS présentent leur existence même comme justification suffisante de leur engagement sociétal. Or, l’absence de structuration et de pilotage formalisé accroît certains risques :
Le contexte réglementaire et normatif européen évolue rapidement : l’entrée en vigueur progressive de la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) à compter de 2024, la généralisation des cadres type ESRS/GRI (European Sustainability Reporting Standards / Global Reporting Initiative) amèneront, à moyen terme, les structures ESS à renforcer leur méthode d’identification, de pilotage et d’évaluation de la responsabilité sociétale. Plusieurs leviers méritent d’être anticipés :